Le pays qui pousse tous les curseurs à 11

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J’ai sauté dans la machine en marche. La lady m’a montré ma place et j’ai dû vite m’accrocher. Nous sommes partis en trombe, sans que les portes ne soient fermées. Le pilote, disciple de Fangio, semblait prendre son pied. Une embardée à droite et nous voilà entamant le dépassement du concurrent nous précédant. Ça passe de justesse. Mais celui-ci n’a pas dit son dernier mot. La course-poursuite se prolonge et nous valsons. A chaque freinage, les sièges se cabrent et rebondissent quand la corde qui les rattache aux arceaux métalliques atteint sa tension maximale. Le véhicule soubresaute et rebondit à chaque aspérité du revêtement. Le pilote va-t-il réussir à désarçonner la lady, bien campée sur ses jambes, habituée à arpenter le plancher en mouvement ? Un virage à 90° approche. L’engin hurlant dérape. Sébastien Loeb au frein à main ? La lady a dû s’agripper et crie quelque chose au chauffeur. Nous revenons au niveau du concurrent, au coude à coude. Elle s’adresse maintenant à son homologue, à travers les fenêtres grand ouvertes. Soudain un taxi déboitant se dresse sur notre trajectoire. Nous pilons, klaxonnons, embardons pour éviter l’obstacle. J’entends une passagère crier « Oh my God », en anglais dans le texte. C’est finalement l’obstacle qui s’écarte brutalement, nous sauvant de la collision. Il se venge par une salve de klaxon rageuse. Cette fois, notre chauffeur se calme. Il s’arrête pour laisser descendre quelques personnes en sueur. Il branche son téléphone sur la sono. Détendre l’atmosphère. Les enceintes Bose réparties au plafond, entre les ventilateurs crachant leur air chaud, et les deux énormes caissons de basse à l’arrière, s’animent alors d’une ballade langoureuse… La nuit étant tombée durant le rodéo, il allume même les néons clignotant vert et rouge, et la boule à facettes se met en branle. Nous sommes maintenant dans une discothèque ambulante ! C’est alors que ma guide d’un jour m’annonce que nous avons atteint notre arrêt, et nous descendons du bus à la hâte.

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Bienvenue à Bangkok ! Quel que soit le sujet, il semble que les thaïs s’investissent à fond et poussent le curseur au maximum… voire sur 11 comme dans Spinal Tap. Un pays rock’n’roll ! Ainsi, la ville, tentaculaire, verticale, déroutera l’européen peu habitué à vivre dans Blade Runner. Les gratte-ciels projettent de gigantesques écrans vidéo publicitaires. Les
métros sont décorés de motifs (également publicitaires) rappelant des mangas. Moi qui n’ai jamais mis les pieds au Japon, j’ai cru m’être trompé de pays.

20160515_133835Reliés par des passerelles suspendues au-dessus des avenues parcourues par les cyclomoteurs, moto-taxis, songthaews (pick-ups aménagés en taxis collectifs, automobiles japonaises et allemandes, bus climatisés on non-climatisés, et tuk-tuks customisés), elles-mêmes au-dessus des canaux lacustres, les shopping malls climatisés s’enchaînent le long de Sukhumvit Road, chacun ayant son thème. Vous êtes fan de cuisine coréenne ? 20160506_220255Essayez le Sukhumvit Plaza Korea Town et ses trois étages de restaurants et magasins coréens alignés. Vous préférez aller vous recueillir ? Visitez les temples bouddhistes, aux proportions démesurées. Wat Pho, sur 8 hectares, vous permet d’aller admirer son bouddha couché de 43 mètres de long…

DSC06621N’oubliez pas d’enlever vos chaussures et de boire de l’eau (en bouteille), pour survivre aux 39° (46 ressentis) de la saison sèche. Ou bien vivez la nuit (30°) et explorez les quartiers chauds, attirant des touristes du monde entier, aussi bien des hommes à la recherche d’une petite amie d’un soir ou d’une vie que des groupes de chinois et chinoises poursuivant leur guide au drapeau. Ici, pas de tabous, le farang (étranger) est sur-sollicité. Il perd ses repères, jusqu’à ne plus savoir qui est lady, qui est ladyboy, l’un de ces transgenres assumés depuis l’enfance, dont l’art de la féminisation fait la fierté de la Thaïlande. Vous pouvez aussi 20160504_204140manger à toute heure, et la cuisine thaï est un bonheur, que vous préfériez des textures peu goûteuses ou des saveurs puissantes, des plats végétariens, de la viande ou des petits insectes plein de protéines, en passant par des plats épicés à réveiller un mammouth en hibernation, que vous mangiez sur le pouce à un stand de cuisine de rue sur une mobylette ou dans un restaurant chic surplombant la ville au 66e étage d’une tour.

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Nous sommes au « pays du sourire », mais n’allez pas énerver un thaïlandais, qui saura vous rappeler que le muay thaï, proche du kickboxing, est le sport national. Tentez plutôt d’apprendre des rudiments de la langue, qui elle aussi s’amuse à pousser le vice à changer le sens en fonction des tons, non seulement en hauteur (comme en chinois mandarin), mais même en longueur. Et ne vous trompez pas, vos phrases ne seront pas les mêmes selon que vous êtes un homme ou une femme. En tous cas vous prendrez vite goût aux sawadikaaaa chantants qui vous accueilleront avec une révérence. A défaut de vous exprimer dans la langue locale, oubliez toute grammaire et conjugaison anglaise, et pratiquez un anglais simplifié à l’extrême : « me not go back France tomorrow, stay Thailand beautiful! »

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2 commentaires pour Le pays qui pousse tous les curseurs à 11

  1. Planete3w.fr dit :

    En voyageant on se rends compte que finalement en France les gens conduisent bien :). J’ai quelques souvenirs de trajets en tuk tuk en Thaïlande et de trajets en taxi au Maroc assez mouvementés.

    J'aime

  2. Ping : Que recherchent les backpackers francophones ? | datsusarasuru

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